Accord emprunté : qu'est-ce que c'est ? L'emprunt modal et les accords hors tonalité
En plein morceau en do majeur surgit un accord de la♭ majeur. Aucun bémol à l'armure, l'accord paraît « faux », et pourtant il sonne juste. En devoir d'harmonie ou au concours, il faut le nommer : ♭VI, emprunté à do mineur. Voici comment reconnaître un accord emprunté, l'écrire en chiffres romains et le distinguer d'une dominante secondaire.
Les symboles d'accords suivent la notation anglo-saxonne : C = do, D = ré, E = mi, F = fa, G = sol, A = la, B = si ; Fm = fa mineur, A♭ = la♭ majeur, Dø7 = septième demi-diminuée sur ré.
Qu'est-ce qu'un accord emprunté ?
Chaque tonalité majeure a un homonyme mineur : même tonique, mode différent. L'homonyme de do majeur, c'est do mineur. Ne le confondez pas avec le ton relatif : le relatif mineur de do majeur est la mineur, parce que les deux partagent la même armure. L'accord emprunté vient du ton homonyme, pas du ton relatif.
La gamme de do mineur contient do, ré, mi♭, fa, sol, la♭, si♭. Les accords construits sur cette gamme (Cm, Dø, E♭, Fm, Gm, A♭, B♭) deviennent des accords empruntés dans un morceau en do majeur. La tonique ne bouge pas ; seule la couleur change, souvent plus sombre et plus émouvante.
Les traités d'harmonie classique parlent de mélange des modes (mode mixture), l'enseignement du jazz et des musiques actuelles de modal interchange. Attention : certains traités français appellent aussi « emprunt » le bref passage par une tonalité voisine, rôle d'une dominante secondaire ; ici, il s'agit du ton homonyme. Pour une définition générale, voyez l'article Wikipédia Accord d'emprunt ; le chapitre Mode Mixture de Puget Sound (en anglais) le traite côté harmonie classique.
Quels sont les accords empruntés les plus courants ?
Tableau en do majeur ; dans une autre tonalité, transposez les mêmes chiffres romains.
| Chiffre romain | Accord en do majeur | Notes | Où l'entendez-vous ? |
|---|---|---|---|
| iv | Fm | fa – la♭ – do | Fin IV – iv – I, le petit « soupir » nostalgique |
| ♭VI | A♭ | la♭ – do – mi♭ | Fin ♭VI – ♭VII – I, cadence rompue |
| ♭VII | B♭ | si♭ – ré – fa | ♭VII – I en rock et en pop |
| ♭III | E♭ | mi♭ – sol – si♭ | Détour lumineux en pop et en musique de film |
| iiø7 | Dø7 (Dm7♭5) | ré – fa – la♭ – do | Avant la dominante, en jazz comme en classique |
| v | Gm | sol – si♭ – ré | Couleur modale, dominante plus douce |
| i | Cm | do – mi♭ – sol | Bref passage mineur dans un morceau majeur |
Les notes étrangères à do majeur sont toujours les mêmes : mi♭, la♭, si♭, soit les IIIe, VIe et VIIe degrés de do mineur. Si un accord contient l'une d'elles et que le reste tient dans do mineur, pensez d'abord à un accord emprunté.
Comment reconnaître et nommer un accord emprunté en 4 étapes ?
Si vous avez du mal à relever les notes d'un accord, commencez par notre guide pour identifier les accords au piano.
- Déterminez la tonalité. Regardez où se résout la dominante et l'accord final. Les cinq étapes pour trouver la tonalité d'un morceau vous y aideront. Exemple : do majeur.
- Repérez la note étrangère. A♭ = la♭ – do – mi♭. Ni la♭ ni mi♭ n'existent en do majeur.
- Essayez le ton homonyme. Toutes les notes de l'accord sont-elles dans do mineur ? La♭, do, mi♭ : oui. L'accord est donc emprunté à do mineur.
- Écrivez le chiffre romain dans la tonalité du morceau. La fondamentale la♭ se trouve un demi-ton sous la, VIe degré de do majeur : ♭VI. L'accord est majeur, donc en majuscules. Pour Fm, vous écririez iv, en minuscules.
A♭ est le VI de do mineur, mais en do majeur il s'écrit ♭VI : les chiffres suivent toujours la tonalité du morceau. Pour les bases, lisez notre article sur l'harmonie fonctionnelle.
Quelle différence entre accord emprunté et dominante secondaire ?
Ce sont les deux « accords hors tonalité » qu'on confond le plus en examen. La différence tient à leur fonction.
| Question | Dominante secondaire | Accord emprunté |
|---|---|---|
| D'où vient-il ? | C'est la dominante d'un accord de la tonalité | De la gamme du ton homonyme |
| Type d'accord | Majeur ou septième de dominante (parfois de type vii°) | Tous types : mineur, majeur, demi-diminué |
| Où va-t-il ? | Se résout en général une quinte plus bas | Pas obligé de se résoudre sur un accord précis |
| Exemple en do majeur | D7 → G (V7/V), E7 → Am (V7/vi) | Fm (iv), A♭ (♭VI), B♭ (♭VII) |
| Note étrangère | Côté dièses : fa♯, sol♯, do♯ | Côté bémols : mi♭, la♭, si♭ |
Règle pratique : une note étrangère diésée signale en général une dominante secondaire, une note étrangère bémolisée un accord emprunté. Le sol♯ de E7 n'existe pas en do mineur, donc E7 ne peut pas être emprunté ; s'il va vers Am, c'est un V7/vi. Voyez l'article Wikipédia Dominante secondaire et la page Distinguishing Between Chromatic Harmonies de Puget Sound (en anglais), qui compare les cas côte à côte.
Comment analyser une grille ? Cinq exemples corrigés
1) C – F – Fm – C. Le la♭ de Fm vient de do mineur. Accord mineur sur fa : iv. Grille I – IV – iv – I ; le glissement la → la♭ fait tout le caractère de cette cadence plagale mineure.
2) C – A♭ – B♭ – C. A♭ et B♭ viennent de do mineur : I – ♭VI – ♭VII – I. Une fin triomphale, du jeu vidéo au rock.
3) C – Am – D7 – G7 – C. Le fa♯ de D7 n'existe pas en do mineur : l'accord n'est pas emprunté. D7 est la dominante de G : V7/V. Grille : I – vi – V7/V – V7 – I.
4) C – E♭ – F – C. E♭ (mi♭ – sol – si♭) est le III de do mineur, donc ♭III en do majeur. Suivent IV et I : la tonalité n'a pas changé.
5) En la mineur : Am – F – G – A. Sens inverse : le morceau mineur finit sur une tonique majeure, empruntée à l'homonyme majeur. C'est la tierce picarde, très présente à l'époque baroque (voir l'article Wikipédia Tierce picarde).
Un accord emprunté change-t-il la tonalité ?
Non. La tonique ne change pas : l'oreille entend toujours do comme « la maison ». Pour moduler, il faut une nouvelle tonique confirmée par une cadence, où le morceau s'installe. Un seul accord de la♭ majeur n'y suffit pas.
Erreur classique en examen : voir une nouvelle tonalité dans chaque accord étranger. Demandez-vous dans l'ordre : dominante secondaire, accord emprunté, ou vraie modulation ? En conduite des voix, les accords empruntés se relient souvent par une voix intérieure qui descend d'un demi-ton (la → la♭ → sol). Travaillez cet enchaînement avec les règles de notre article sur les quintes et octaves parallèles.
Comment Michord affiche-t-il les accords empruntés, et que ne fait-il pas ?
Michord est une application de bureau (macOS avec puce Apple Silicon, Windows 10 et 11). Vous y jouez l'accord au clavier MIDI, au piano à l'écran ou au clavier de l'ordinateur. L'analyse fonctionnelle, incluse dans l'abonnement, compare toutes les notes de l'accord à la tonalité :
- Si l'accord appartient à la tonalité, Michord écrit son chiffre romain (par exemple IV).
- Si c'est la dominante d'un accord de la tonalité, il le nomme dominante secondaire et ajoute une ligne du type « Dominante de [accord] — reste en [tonalité] ».
- Si toutes ses notes appartiennent au ton homonyme, il écrit sous le chiffre romain une ligne comme « Accord emprunté — pris à Cm ».
- Un accord qui n'entre dans aucun de ces cas est signalé comme étranger à la tonalité.
Cette analyse repose sur des règles fixes, pas sur une intelligence artificielle. En mode de tonalité « Auto », un accord emprunté isolé ne change pas la tonalité : si vous jouez A♭ en do majeur, la tonalité reste do majeur. Quand un accord admet deux lectures, Michord affiche d'abord celle de dominante secondaire. Par exemple, un accord de la majeur joué à la fin d'un morceau en la mineur peut se lire V/iv, dominante de Dm. Tierce picarde ou dominante de Dm ? À vous de trancher selon ce qui suit.
Michord n'écoute ni enregistrement ni fichier audio et ne lit ni photos ni partitions. Vous jouez l'accord, Michord le nomme.
Comment travailler les accords empruntés en 15 minutes ?
- IV – iv – I (5 min). En do, sol et fa majeur ; écoutez la seule note qui descend d'un demi-ton.
- I – ♭VI – ♭VII – I (5 min). Mêmes tonalités, en disant chaque chiffre romain à voix haute.
- Faire la différence (5 min). En do majeur, enchaînez D7 – G puis Fm – C : lequel apporte un dièse étranger, lequel un bémol ?
Comparez ensuite vos réponses à la ligne d'explication de Michord. Vous préparez un concours d'entrée au conservatoire ? Intégrez cette routine à votre planning.
Comment présenter l'accord emprunté en classe ?
Jouez deux fois la même fin, F – C puis F – Fm – C : les élèves entendent aussitôt la différence. Écran projeté, Michord montre à toute la classe le chiffre romain et la ligne d'explication de chaque accord ; transposez la grille, les chiffres ne changent pas. L'enregistrement de l'écran avec audio, pour garder une trace du cours, fait aussi partie de l'abonnement.
Conclusion
L'accord emprunté, c'est la couleur que l'homonyme mineur apporte à un morceau majeur. Face à un accord hors tonalité, regardez d'abord le sens de la note étrangère : bémolisée, essayez le ton homonyme ; diésée, cherchez une dominante secondaire. Et écrivez toujours le chiffre dans la tonalité du morceau : iv, ♭VI, ♭VII, ♭III.
Pour voir en direct le chiffre romain et l'explication des accords que vous jouez, téléchargez Michord. Le plan gratuit permanent ne demande pas de carte bancaire ; l'analyse fonctionnelle, les dominantes secondaires et les accords empruntés sont inclus dans l'abonnement, à 2,99 USD par mois ou 22,99 USD par an.
Jouez gratuitement, sans carte bancaire. Tonalités possibles et chiffres romains avec l'abonnement (2,99 USD / mois · 22,99 USD / an).
Télécharger MichordQuestions fréquentes (FAQ)
Quelle différence entre un accord emprunté et une dominante secondaire ?
La dominante secondaire est un accord majeur ou de septième de dominante qui se résout comme une dominante sur un accord de la tonalité : en do majeur, D7 → G (V7/V). L'accord emprunté appartient au ton homonyme et n'a pas besoin de se résoudre : en do majeur, Fm, A♭ ou B♭ viennent de do mineur. Si toutes les notes de l'accord sont dans l'homonyme mineur et qu'il ne va pas vers un accord situé une quinte plus bas, c'est un accord emprunté.
Emprunt modal et modal interchange, est-ce la même chose ?
Oui, les deux termes désignent le même procédé. L'harmonie classique parle de mélange des modes (mode mixture), l'enseignement du jazz et des musiques actuelles de modal interchange. Certaines sources y rangent aussi les accords pris au dorien ou au mixolydien ; cet article traite du cas le plus courant, l'emprunt entre majeur et mineur homonymes.
Un accord emprunté change-t-il la tonalité du morceau ?
Non. L'accord emprunté change la couleur, pas la tonalité : la tonique reste la même. Dans la grille F – Fm – C en do majeur, on est toujours en do majeur. On ne parle de modulation que si une nouvelle tonique est confirmée par une cadence et que le morceau s'y installe.
Comment noter un accord emprunté en chiffres romains ?
Si la fondamentale est abaissée par rapport à la gamme majeure, on place un ♭ devant le chiffre, et un accord mineur s'écrit en minuscules : en do majeur, A♭ = ♭VI, B♭ = ♭VII, E♭ = ♭III, Fm = iv, Dø7 = iiø7. Les chiffres se rapportent toujours à la tonalité du morceau, jamais à la tonalité d'emprunt.
Michord affiche-t-il les accords empruntés ?
Oui. L'analyse fonctionnelle, incluse dans l'abonnement, écrit le chiffre romain de l'accord pris au ton homonyme et ajoute en dessous une ligne comme « Accord emprunté — pris à Cm ». L'analyse repose sur des règles fixes, pas sur une intelligence artificielle. Michord n'écoute pas d'enregistrement : vous jouez les accords au clavier MIDI, au piano à l'écran ou au clavier de l'ordinateur.
Cette fonction est-elle gratuite dans Michord ?
Non. L'analyse fonctionnelle, les dominantes secondaires et les accords empruntés font partie de l'abonnement : 2,99 USD par mois ou 22,99 USD par an. Le plan gratuit permanent, sans carte bancaire, comprend le jeu au clavier MIDI, au piano à l'écran et au clavier de l'ordinateur, un vrai son de piano à queue et le nom des notes jouées.